Il importe d’abord de mentionner que ROMÉO A ÉTÉ L’UNE DES RARES PERSONNES À DÉTENIR À LA FOIS UN BREVET DE PILOTE ET UN BREVET D’INGÉNIEUR ABC, ce qui lui permettaient de piloter et de réparer toutes les sortes d’appareils.Roméo est un très bon pilote, un excellent mécanicien, mais surtout un homme d’organisation. Là où veut instaurer un service, on fait souvent appel à Roméo. Roméo est à l’emploi de l’Ontario Provincial Air Service de 1924 jusqu’en 1927. Puis, le premier octobre, il entre à la Canadian Transcontinental Airways une compagnie nouvellement établie. Le 24 décembre de la même année, il inaugure le service postal sur la Côte-Nord, desservant une vingtaine de petits villages. Dès le début de l’année suivante, il se rend également à l’île d’Anticosti et aux lles-de-la-Madeleine. Puis, le gouvernement canadien décide d’inaugurer un service pour le courrier en provenance ou à destination d’Europe. Le contrat est octroyé à la Transcontinental et c’est à Roméo que l’on confie l’organisation de ce nouveau service. A partir de ce moment, le nom de Roméo Vachon deviendra de plus en plus connu non seulement dans l’industrie de l’aéronautique, mais aussi par le grand public.

Le pilote Roméo Vachon au centre lors de l’inauguration du service postal vers les Iles-de-la-Madeleine.

Son nom est aussi associé à un autre événement d’importance en 1928. Il s’agit de l’arrivée du Bremen dont l’équipage dût faire un atterrissage d’urgence dans le détroit de Belle-Isle, après avoir réussi à effectuer la première traversée sans escale de l’Atlantique, d’est en ouest. Roméo est l’un des deux premiers pilotes à s’être rendu à leur rencontre, sur l’lle Greenly.Les journaux d’époque, qui avaient suivi cet exploit, ont publié de nombreux articles à ce sujet, ne tarissant pas d’éloge sur la participation de deux excellents pilotes, Duke Schiller et Roméo Vachon. Puis, la Canadian Transcontinental Airways est absorbée par la Canadian Airways en 1930 et Roméo, qui est pilote et surintendant de l’équipement et de l’entretien, est congédié.

Dans une entrevue réalisée quelques années plus tard, Roméo se rappelait que, dans l’affaire du Bremen, «je venais de faire gagner 27,000$ à cette dernière compagnie quand certains camarades et officiers anglais ont réussi à avoir ma tête.» Le principal artisan de ce congédiement est le gérant, Ken Saunders, qui n’aimait pas du tout les Canadiens-français. Loin de se décourager, Roméo revient à Montréal où, pendant six mois, il est le pilote privé de Bob Holt, fils de Sir Herbert Holt.

Roméo Vachon devant le Bremen,1955

PREMIER CANADIEN FRANÇAIS À PRENDRE PART AU CARROUSEL AÉRIEN TRANSCANADIEN

L’année suivante, lors du Carrousel aérien transcanadien Montréal-Vancouver, monsieur Holt, représentant la fabrique d’aviation d’Angleterre, demande à Roméo de piloter le Saro Cloud, un puissant appareil amphibie nouvellement construit. Roméo est à la fois le pilote et le mécanicien de l’appareil. Il narrait son expérience ainsi:

«En 1931, je fus le premier Canadien français à prendre part au Carrousel aérien transcanadien. Jai piloté pendant 150 heures le plus gros amphibie du temps. On a bien voulu me dire : il n’y avait que toi, Vachon, pour monter un tel bateau. Sans m’en douter, javais fait une expérience qui allait me servir au-delà de mes espérances. J’étais à l’ancre quand monsieur Saunders Roe, représentant de la fabrique d’aviation d’Angleterre qui avait construit mon gros amphibie vint à Montréal. Il m’a fait mander. Je lui ai dit sans détour ce que je pensais de cet avion. Aprės m’avoir écouté, il me dit : Êtes-vous disposé à venir répéter les mêmes choses devant les administrateurs de la compagnie à Londres?» Roméo Vachon, qui est un excellent mécanicien et qui mise sur la fiabilité de sa machine comme premier gage de sa sécurité, accepte. Rencontrant les administrateurs de la Saunders Roe Company of England, il leur donne son appréciation de l’appareil, y compris les aspects négatifs, qui rendaient cet appareil non sécuritaire. Puis, en guise de preuve disait-il: «J’ai étalé sous leurs yeux étonnés, des morceaux d’ailes de leur amphibie que javais découpés à la scie avant mon départ. Cétait du bois pourri.» Par sa franchise et sa compétence, il étonne les autorités qui lui offrent une récompense de 1 000 livres sterling et un billet de première classe à bord de l’Empress of Britain. Par la suite, on tint compte de ses commentaires afin d’apporter des améliorations à l’appareil.Quelque temps plus tard, le sous-secrétaire d’État de l’Air de Londres, Lord Balfour, qui était en visite à Montréal demande à Roméo de l’introduire dans les milieux intéressés à l’aviation. Dans une entrevue accordée vers 1938, Roméo disait: « Avec mon air le plus candide, je suis allé, moi congédié par la Canadian Airways à cause de ma race, présenter le sous-secrétaire d’État anglais de l’Air aux administrateurs de la Canadian Airways. J’avoue que j’avais envie de rire. Peu de temps après, j’entrais au service de la Canadian Airways en qualité d’operating manager. Le président de la compagnie me donnait carte blanche pendant trois semaines pour la réorganisation des services. C’était à l’automne de 1932. Le lendemain de ma nomination, je suis parti pour le Lac-à-la-Tortue en avion et j’ai congédié tous ceux qui avaient comploté pour avoir ma tête l’année précédente.» Après avoir réintégré la Canadian Airways comme surintendant, il occupe successivement les postes de chef de l’entretien, chef de district et gérant de l’organisation subsidiaire de la Quebec Airways.Roméo abandonne ces postes en octobre 1938 pour entrer au service de la Trans-Canada Air Lines devenue par la suite Air Canada. Il est pilote de ligne pour une courte période, puis successivement nommé directeur d’aéroport, superviseur de l’entretien des appareils et directeur-adjoint de la Division de l’est. Au début de la guerre 1939-45, Roméo est prêté par TransCanada Air Lines au ministère des Munitions et de l’Approvisionnement. Il est responsable de la révision des aéronefs en vue du Plan d’entraînement aérien. Puis, dès sa création en 1944, il devient membre de la Commission des transports aériens, dont le rôle est de conseiller le ministre concernant des questions sur l’aviation civile, sur la réglementation et sur le contrôle des services aériens commerciaux. La même année, il est le délégué officiel du Canada à la Conférence mondiale sur l’aviation internationale tenue à Chicago, qui donna lieu à la création de l’OACI (Organisation de l’Aviation Civile Internationale), laquelle décida d’établir son siège-social à Montréal. Le mandat de Roméo à la Commission des transports aériens fut renouvelé jusqu’à son décès survenu en 1954.

Transport de malade – À Sept-Iles en 1927. Roméo Vachon penché sur la civière.

HONNEURS
Roméo a été honoré tout au cours de sa carrière. Ainsi, en reconnaissance des services rendus à la Réserve volontaire canadienne de la Marine Royale, il reçut la Médaille de guerre britannique et la Médaille de la Victoire. Mais c’est surtout dans le domaine de l’aviation que Roméo a été honoré. Collaborant ou initiant plusieurs réalisations d’importance, il reçut l’une des plus prestigieuses récompenses qui soit dans ce domaine, soit le Trophée McKee. Il est important de souligner qu’il était le premier aviateur canadien-français à recevoir cette distinction. En lui remettant ce trophée le 5 mai 1937, le général Laflèche alors sousministre de la Défense nationale soulignait : «C’est dû à son don de prévision et à ses qualités d’administrateur, s’il y a aujourd’hui un service aérien effectif et indispensable de la Côte nord du golfe Saint-Laurent. Ce ne sont pas des exploits spectaculaires qui ont motivé l’octroi du trophée à Vachon, mais des années d’efforts inlassables. Elles lui ont valu en même temps l’admiration et le respect de tous ceux qui au Canada s’occupent d’aviation..» En 1953, Roméo fut invité à Londres où le premier ministre du Canada offrait un dîner lors de la deuxième réunion annuelle de l’International Air Transport Association; à cette occasion, il reçut une médaille de la reine d’Angleterre.

1937 Trophé McKee

Roméo a aussi été honoré à titre posthume. Ainsi, en 1973, il reçut un brevet d’honneur de la ville d’Edmonton, le nommant Compagnon de l’Order of Flight, en reconnaissance de ses contributions comme pionnier de l’aviation. Il a aussi été nommé membre du Canada’s Aviation Hall of Fame, pour ses contributions dans le domaine de l’envol d’équipe. L’année suivante, il devint membre de la fraternité des Silver Wings des Territoires du Nord-Ouest, pour sa contribution dans le développement des Territoires du Nord-Ouest par l’aviation. Il reçut aussi la médaille de l’Order of Polaris, pour avoir volé dans l’Arctique dans les premiers temps de l’aviation.

Texte tiré du magazine #2 : »LES FRÈRES VACHON, LES CHEVALIERS DE L’AIR », conçut par la Société Historique Nouvelle-Beauce, et en vente au Musée de l’aviation de Sainte-Marie de Beauce. Tous droits réservés, 1997.